Tu ne connais rien à la topographie

Tous les corps sont des impasses dis-tu. Tu es sur le dos tu te retournes pour écraser ta cigarette dans le cendrier bientôt rempli. Puis du bout des doigt tu suis les veines apparentes sur mon bras tu continues sur les ramifications bleutées de ma main.
Ne vois-tu pas que nous sommes la ville traversée d’une rivière.
Nous sommes le skatepark la zone commerciale cette rue excentrée aux boutiques fermées. Fermées depuis longtemps vitrines grises de poussière affichettes à vendre. Nous frôlons en rase-motte des abribus aux vitres brisées nous survolons de larges avenues une place de la mairie creusée d’une fontaine où flottent des mégots.
Tu dis il ne restera rien. La baise les échanges on essaie d’y croire. Quoi d’autre. Il ne restera rien seuls nos corps offerts au feu ou aux vers. Il ne restera que. On a beau faire on a beau chercher la rencontre le tumulte l’orgasme. On a beau.
Nos chairs se déversent empruntent des porches qui sentent la pisse un parc entouré de grillages des bosquets fleuris des joggers une pelouse brûlée par le soleil un marchand de glaces des toboggans. Nous tournons sur le périph dont toutes les sorties convergent vers le centre où se mêle un amas de bars aux terrasses similaires. Tu voudrais des chemins forestiers tu voudrais grimper sur une colline alors que la nuit tombe. Prendre le large. Sont-elles si différentes les mers du sud les forêts tropicales les steppes à la con la banquise les rues tokyoïtes aux enseignes lumineuses les chutes du. On a beau faire.
Tu enfonces tes ongles en ma peau tu traces des routes un chemin de fer une carte différents itinéraires sur mon dos mes jambes tu me contournes et continues ton voyage sur mon ventre. Tu voudrais dessiner un plan lacéré de chicanes de bifurcations.
Tu dis que tu aimerais me voir saigner laisser ton empreinte. Me déchirer voir s’il y a entre les organes des soubassements des tunnels des dédales inconnus.
Tu dis qu’il y a des gens allongés autour de nous sur le côté en position fœtale ou les bras en croix le sexe au repos ou tendus ouverts alanguis mouillés. Ne vois-tu pas qu’ils peuplent en fantôme nos alentours. Ils se relient en une partouze survolant la communauté urbaine. Ils forment une métropole. Tu reconnais les contours les reliefs. Ils sont notre passé ils sont notre futur. Tous ces orifices visités tu peux aller plus profond si tu veux voir ce qu’il y a au cœur centre piéton voir ce qu’il en est du partage moléculaire de capillaires à capillaires. Les ruelles. Les venelles. S’échapper en eux en elles. On a beau faire. La peau est mirador navire de guerre. La peau est.
Mais ne penses-tu pas qu’il faut essayer encore.
Aller où ça s’entrechoque.
Courir ventre à terre.
Creuser des tranchées.
Sur ta fesse apparaît comme une ombre un ciel de traîne puis des nuages noirs se meuvent sur ton échine qui se tord alors que tu m’enlaces. Ça bourgeonne et gronde de tes pieds à ta nuque les canines affûtées des herses. Tu vois il te reste du désir. Tu bascules sur moi de tout ton poids.
Nous serons l’averse qui videra la ville provoquera des crues emportera passants et véhicules. Nous sommes la tempête qui fera s’écrouler les digues ta main sur ma cuisse monte les palissades ornées de meurtrière ta main sur mon cul je te laisse faire se forment des débords des remblais des stores déchirées un camion de pompier des canalisations éventrées tu prends ma main et la mène sur ton cou tu me demandes de serrer. Des caves submergées étouffées. Tu souris. Tu prends ma main et la pose sur ton pubis. S’inondent les carrefours la ville est fleuve maintenant les maisons deviennent éboulements des falaises érodées. Puis ta main sur mon. Ma bouche sur ton.
Et on oublie un moment les impasses la fin du parcours.
L’eau recouvre tout attire des oiseaux bigarrés des loutres des chaloupes où l’on peut s’étendre et se prélasser renaissent des îles des monts herbeux des prés non clôturés pas encore les panneaux chien méchant propriété privé interdit de traverser pas encore les gares abandonnées. Des échassiers s’élancent au-dessus des nénuphars.
Tes lèvres luisent tes yeux s’ouvrent tu vois une route qui va vers.

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